In the mood for walk, Saint Germain des Prés

Episode 3 – Et si on allait au Bon Marché ?

Maintenant que vous avez repris des forces au jardin du Luxembourg, il est temps de repartir à la découverte du quartier.

Si vous partez du parc, revenez vers la place St Sulpice puis dirigez-vous vers la rue du Vieux Colombier, traversez la rue de Rennes pour arriver au niveau du Carrefour de la Croix Rouge.

Carrefour de la Croix Rouge

En face de vous une statue d’un centaure ( mi-homme, mi-cheval) s’érige fièrement, des boutiques et un café ponctuent joyeusement ce carrefour. Son nom officiel est Place Michel Debré depuis 2005, mais l’ancien nom persiste au sein du quartier. Restez au niveau de la statue.

Pourquoi ce nom ?

Et bien, c’est un Abbé de St Germain, Guillaume de Briçonnet, qui, en 1514, installe une croix rouge à cet emplacement, croix qui était anciennement sous le porche de son église. A l’époque, l’endroit était malfamé. On y trouvait beaucoup d’hospices ainsi que des maladeries. Cette croix indiquait qu’il valait mieux passer son chemin. Cette partie du quartier était un cloaque à mille lieux de celui, ouaté, que l’on connait aujourd’hui. Elle a finalement été retirée en 1650.

Statue du Centaure par César

Placez-vous sous la statue si ce n’est pas déjà fait.

Je vous le concède, cette statue est assez déroutante de prime abord. Elle a été créée par César en 1985 et appartient au courant du nouveau réalisme initié par Yves Klein. Né dans les années 60, il se caractérise par l’accumulation d’objets du quotidien. Et si vous levez la tête, vous allez en voir des choses de tous les jours : un balai, une st jacques, une pelle … tout cela sur 5 m de haut. La tête du centaure est un autoportrait de César et l’accumulation est sans doute une réflexion sur la matière, la technique, l’avenir et bien sûr la société de consommation. Cette statue, c’est l’émanation de la force, du besoin de conquête propre à l’être humain. On peut aussi faire un parallèle avec le taureau, l’un des emblèmes de Picasso à qui cette sculpture rend un peu hommage.

Petit jeu : essayez de retrouver les symboles de la France et celui des Etats Unis….

Emeutes de 1750

Le lieu est aussi connu pour avoir abrité une révolte populaire ayant marqué les esprits. Le 16 mai 1750 un enfant ayant fait une bêtise sans importance est pourtant conduit à la geôle du côté du faubourg st Antoine. La mère s’en émeut et une rumeur se répand dans Paris, Louis XV ferait enlever des enfants de 5 à 18 ans pour des sacrifices. Leur sang serait utilisé pour le bain du Roi et de ses courtisans. Le mythe selon lequel le jeune sang humain aurait des vertus anti-âge était déjà ancien et bien ancré dans la pensée commune.

Entre le 22 et le 23 mai les émeutiers sont à la Croix Rouge. Ce sont 2000 personnes qui commencent à prendre le chemin de Versailles. Le guet et les troupes royales finiront par disperser la foule. En représailles, Louis XV privera les parisiens de sa présence lorsqu’il devra traverser Paris, St Denis ou Compiègne, en construisant ce que l’on appellera la route de la Révolte. Route qui contournera Paris. On peut en refaire le tracé avec les routes d’aujourd’hui : en partant de la Muette, elle passe par le Bois de Boulogne puis la Porte Maillot, la porte de Clichy et enfin St Denis.

Station de métro fantôme

Maintenant regardez vos pieds, vous voyez ces grilles d’aération. Et bien il s’agit d’une station fantôme ! Elle a été fermée le 2 septembre 1939 car manifestement trop proche de la station Sèvres Babylone. Les anciens accès ont été rasés mais des vestiges restent visibles depuis ces grilles que vous retrouverez sur les trottoirs autour des carrefours. Un de ces accès, a toujours une utilité car il sert de voie d’aération pour la ligne 10 du métro.

Lors des journées du patrimoine, la RATP organise la visite d’autres stations non accessibles au public, comme celle servant aux tournages publicitaires ou cinématographiques, je vous encourage vivement à les faire si le sujet vous intéresse.

Reprenez le chemin de la balade, en suivant la rue de Sèvres, le halo du Bon Marcé est en face de vous.

Piscine Hermès

Sur la rue de Sèvres, je vous invite à entrer dans la boutique Hermès qui vient juste d’être rénovée. Le lieu est assez atypique puisqu’il s’agit d’une ancienne piscine des années 30, avec les cabines tout autour du bassin. Il s’agit de l’ancienne piscine du Lutetia juste à côté. Elle appartient à Hermès depuis 2010 après avoir été longtemps laissée à l’abandon. Les fresques sont colorées et joyeuses dans les même tons ludiques que les célèbres carrés. Descendez dans l’ancien bassin et retournez-vous : une statut du dieu Hermès vous salue !

Sortez de la boutique, en ayant, je vous le souhaite, acheté un petit quelque chose, et dirigez-vous vers le square Boucicaut juste devant le Bon Marché pour admirer la façade du Lutetia.

Le Lutetia

Il a été inauguré en 1910 et la légende dit que c’est Marguerite Boucicaut, qui aurait eu l’idée du lieu pour héberger facilement les fournisseurs mais aussi les clients de passage du Bon Marché.

Contemplez cette façade : on sort juste de l’Art Nouveau, on est en pleine Belle Epoque et l’Art Déco commence à battre son plein.

Aujourd’hui, c’est le Palace de la Rive Gauche. Historiquement, il reste dans les mémoires car il a servi de centre d’accueil des déportés des camps (jusqu’à 2000 personnes y transitaient chaque jours) et des familles qui cherchaient leurs proches.

Le Bon marché

Ca y est vous êtes devant le temple du luxe de la Rive Gauche. Entrez, entrez vite …. Vous êtes attendus !

Ce que j’aime par-dessus tout est le service client qui est vraiment impeccable, avec des vendeurs qui vous respectent même si vous ne faites que regarder. J’y trouve le calme sans musique agaçante. Il y a aussi toutes ces œuvres contemporaines qui méritent le détour et sauront vous surprendre durant vos courses et ou visite guidée (le magasin en organise régulièrement). Dès 1875, des artistes sont exposés dans l’enceinte du magasin afin de permettre des mises en relation entre les artistes et les clients.

Le Bon Marché, c’est la révolution de l’achat, le précurseur des techniques de ventes actuelles : l’entrée est libre et les prix fixes sur étiquette, la prise en compte de la psychologie du client…Le Bon Marché est véritablement le précurseur français en la matière, qui sera ensuite copié partout dans le monde.

Le Bon Marché, c’est le Bonheur des Dames de Zola.

Crée en 1852 (pour vous donner des repères temporels : BHV en 1856, Samaritaine 1869, Selfridges 1909), ce qui me marque le plus dans l’histoire de ce grand magasin, c’est la rencontre d’Aristide et Marguerite. Rencontre qui sera le socle d’une entreprise magnifique, construite à force de volonté, de courage et de prise de risques. Et surtout, les époux Boucicaut, venant tous deux de milieux très modestes vont utiliser leur réussite pour en faire une réussite sociale partagée. Ils vont considérablement améliorer la vie de leurs salariés en leur offrant une assistance médicale, des congés payés, des cours du soir, des promotions de carrières, une retraite ….ce qui était inédit pour l’époque.

Chapelle de la médaille Miraculeuse

Si vos jambes vous portent toujours, je vous invite, ne serait-ce que par curiosité, à aller voir la Chapelle de la Médaille Miraculeuse sur la rue du Bac. C’est un lieu à part où tout le monde à sa place et est le bienvenu.

Voilà, notre périple au cœur de St Germain des Prés touche à sa fin. Je vous laisse rue du bac où vous pourrez trouver de quoi vous sustenter si vous n’avez pas trouvé votre bonheur à la Grande Epicerie :

et pour quelques fleurs https://aoyamaflowermarket.net/en/paris

J’espère vous avoir transmis ma joie de connaitre ce quartier qui se renouvelle sans cesse et où il y a toujours des découvertes à faire. Encore une fois, l’idée est juste de vous donner des repères pour comprendre ce qui vous entoure. J’ai compilé ces informations par curiosité, au gré de mes lectures, de recherches, de balades, de rencontres …

St Germain, c’est un peu un village moderne qui n’a pas oublié ses racines paysannes, religieuses, artistiques, littéraires, musicales, gastronomiques, qui m’a tant apporté et que j’aime.

Publié par In the mood for walks

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