J’ai commencé à connaitre l’œuvre de Thomas Hardy grâce à ses Poèmes du Wessex. Il est plus connu en France pour des romans comme Tess d’Urberville ou Loin de la foule déchainée que j’ai découvert plus tard. Dans les poèmes du Wessex, il donne une vision de la campagne anglaise pleine de vérité, rude, fantomatique et souvent peu chaleureuse, comme on peut la ressentir dans Jane Eyre de Charlotte Brontë.
Dans l’article relatif aux astuces pour découvrir le Musée d’Orsay ou encore celui sur comment visiter un musée, j’expliquai qu’avoir un thème de visite peut être une idée pour approcher les œuvres. La poésie de Thomas Hardy me fait souvent penser à certaines œuvres d’Orsay. On y retrouve la rigueur, la force, le mysticisme parfois, l’intemporalité mais aussi la fraicheur de la nature mais aussi sa lumière et ses ombres, le tout dans une ambiance victorienne. Je retrouve le même ressenti avec la poésie de Victor Hugo notamment dans les Contemplations.
Voici un petit circuit « Nature et poésie » que j’ai suivi lors d’une de mes nocturnes. L’idée est de conjuguer poésie et des œuvres représentant la nature et d’aller là où l’intuition vous porte. Gardez ces bribes de poèmes en tête durant votre recherche des œuvres et déambulation.
On commence au rez de chaussée du musée d’Orsay, devant vous s’étendent des sculptures, restez sur l’aile gauche,
Premier extrait des Poèmes de Thomas Hardy : La grive au crépuscule
« … Tout à coup une voix jaillit dans l’enchevêtrement des rameaux noirs au-dessus de ma tête, chantant à plein cœur un chant de joie infinie, une vielle grive, faible, décharnée, petite aux plumes ébouriffées par la tempête, avait choisi cet instant pour exhaler son âme dans les ombres croissantes.
Il y avait, à des hymnes d’un si extatique accent, au loin et alentour, imprimées sur les choses terrestres, si peu de causes que je pensais que tremblait dans son heureux chant d’adieu un espoir béni qu’elle connaissait et dont j’étais ignorant ».

Prenez le long couloir et retournez sur vos pas pour revenir vers l’accueil, contemplez toutes ces œuvres odes à la nature, à la forêt et à la vie à la campagne,
Deuxième extrait des Poèmes de Thomas Hardy : De profundis
… » Où durant le plus solitaire des soirs, alors que loin et environnés par la nuit, nous étions, celle qui m’encourageait et moi, ensemble au milieu d’Edgen, et que je m’abandonnais à son appui et à sa vigilance, dans la bruyère qui s’obscurcissait, la croyant d’un pouvoir sans égal et douée d’une ardeur infinie… »

Troisième extrait -Poèmes du Wessex Thomas Hardy :
IN A WOOD (en anglais pour la sonorité des vers)
« Since, then, no grace I find
Taught me of trees,
Turn I back to my kind,
Worthy as these.
There at least smiles abound,
There discourse trills around,
There, now and then, are found
Life-loyalties…. »

Prenez les escaliers en face de vous et montez au 5ème étage

Quatrième extrait : Les Contemplations Victor Hugo,
La nature
« La terre est de granit, les ruisseaux sont de marbre ;
C’est l’hiver ; nous avons bien froid. Veux-tu, bon arbre,
Être dans mon foyer la bûche de Noël ?
Bois, je viens de la terre, et, feu, je monte au ciel.
Frappe, bon bûcheron. Père, aïeul, homme, femme,
Chauffez au feu vos mains, chauffez à Dieu votre âme.
Aimez, vivez. Veux-tu, bon arbre, être timon
De charrue ? Oui, je veux creuser le noir limon,
Et tirer l’épi d’or de la terre profonde.
Quand le soc a passé, la plaine devient blonde,
La paix aux doux yeux sort du sillon entr’ouvert,
Et l’aube en pleurs sourit. Veux-tu, bel arbre vert,
Arbre du hallier sombre où le chevreuil s’échappe,
De la maison de l’homme être le pilier ? Frappe.
Continuez dans la galerie des impressionnistes jusqu’à Paysage à Eragny de Camille Pissarro

Je puis porter les toits, ayant porté les nids.
Ta demeure est sacrée, homme, et je la bénis ;
Puis allez jusqu’à la salle consacrée à Van gogh,

Là, dans l’ombre et l’amour, pensif, tu te recueilles ;
Et le bruit des enfants ressemble au bruit des feuilles.
Veux-tu, dis-moi, bon arbre, être mât de vaisseau ?
Frappe, bon charpentier. Je veux bien être oiseau.
Le navire est pour moi, dans l’immense mystère,
Ce qu’est pour vous la tombe ; il m’arrache à la terre,
Et, frissonnant, m’emporte à travers l’infini.
J’irai voir ces grands cieux d’où l’hiver est banni,
Et dont plus d’un essaim me parle à son passage.
Pas plus que le tombeau n’épouvante le sage,
Le profond Océan, d’obscurité vêtu,
Et enfin allez voir Plage à Heist de George Lemmen

Ne m’épouvante point : oui, frappe. Arbre, veux-tu
Être gibet ? Silence, homme ! va t’en, cognée !
J’appartiens à la vie, à la vie indignée !
Va t’en, bourreau ! va t’en, juge ! fuyez, démons !
Je suis l’arbre des bois, je suis l’arbre des monts ;
Je porte les fruits mûrs, j’abrite les pervenches ;
Laissez-moi ma racine et laissez-moi mes branches ! […]
Bonne balade !
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.