Le prix d’une œuvre

La dernière vente d’un Picasso a atteint 104 M€ ( La femme assise près d’une fenêtre).

Suite à ma visite de la Collection Pinault cet été, j’ai découvert les œuvres de Bertrand Lavier https://www.pinaultcollection.com/fr/boursedecommerce/bertrand-lavier.

Parmi elles, on peut compter un taille haie Bosch. Surprise et interrogation. Après avoir compris que l’un des buts d’œuvres issues d’objet du quotidien est justement de susciter l’interrogation ou l’indignation voire le rire, j’ai cherché à en savoir plus sur la cotation financière des œuvres d’art.

Car, oui, un taille haie, un banal objet, peut être une œuvre d’art. Souvenez-vous des œuvres du mouvement Ready Made et l’urinoir de Marcel Duchamp.

Je pense que la question est légitime car il est vrai qu’une œuvre n’a pas de finalité ni d’utilité pratique. Une œuvre, c’est de l’émotion, positive comme négative. Elle est l’incarnation de la personnalité de son artiste.

Comment les critères d’évaluation financière d’une œuvre prennent-ils en compte ces éléments ? Les prix qui font échos aux ventes actuelles des artistes célèbres obéissent-ils à une quelconque logique réglementaire ?

De ce que j’ai retenu des médiateurs que j’ai rencontré au fil de mes visites dans les musées et les fondations parisiennes, il ressort quelques critères relevant du bon sens :

  • La qualité des composants de l’œuvre : une sculpture en marbre ou un tableau incluant de la feuille d’or est censé avoir un prix plus élevé qu’une esquisse au fusain.
  • La taille de l’œuvre : je pense aux œuvres monumentales contemporaines que l’on a pu voir ces dernières années dans les jardins de Versailles : celles de Lee Ufan, Anish Kapoor ou Takashi Murakami par exemple. Grande œuvre par la taille=grand prix
  • Le temps de travail de l’artiste : ce critère seul peut être contesté. Aujourd’hui, les enveloppes des courriers reçus par Picasso (allez jeter un œil au musée Picasso dans le Marais à Paris) et qu’il a annoté en quelques secondes se vendent cher en raison du génie de l’artiste.
  • Le temps de travail de l’équipe de l’artiste : Jeff Koons est connu pour ne réaliser aucune œuvre seul.  Il a une équipe de 100 assistants basée à Chelsea près de New York. Il faut bien les payer.
  • La qualité de la technique utilisée : Jackson Pollock a mis en lumière la technique du drippings. Ses œuvres supportent depuis des années de multiples expositions grâce à ses talents de technicien. Il détourne ainsi la peinture industrielle le Duco à ses fins artistiques et rend ses œuvres « solides ».
  • La qualité visuelle de l’œuvre : c’est là que le subjectif prend une grande part dans la détermination du prix et que le débat sur  « qu’est-ce que le beau ? » est ravivé. La complexité et l’intensité de l’œuvre est aussi à prendre en compte.

Pour terminer, non il n’existe pas de règles établies pour la fixation du prix d’une œuvre comme il en existe par exemple pour le prix de son livre en France (loi de 1981).

L’œuvre étant le miroir de l’âme de son auteur, je dirai qu’elle est inestimable et que ces prix affolants reflètent cette particularité qu’est l’œuvre et l’émotion, la réflexion, le rayonnement qu’elle provoque. Les artistes doivent vivre et donc vendre. Cette détermination est donc subjective en grande partie mais dépend aussi du marché (local/ international) via lequel l’œuvre est vendue et la cotation de l’artiste sur ce marché donné.

Publié par In the mood for walks

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